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Sir Frederick Banting, un Canadien de renom qui a modelé la recherche médicale au pays

Vendredi, 29 octobre 2004

Après avoir reçu des milliers de candidatures sur Internet des quatre coins du Canada, la chaîne de télévision anglaise de Radio-Canada a récemment entrepris la diffusion d'une série intitulée « The Greatest Canadians ». Sur la liste des 10 plus grands Canadiens de tous les temps de la CBC figure un lauréat du prix Nobel, médecin, savant, officier décoré de l'armée et ancien du CNRC : Sir Frederick Banting. « [Sir Banting] m'a déclaré à maintes reprises que la plus belle période de sa vie a été celle où il a travaillé en association avec le CNRC... », confiait C.J. Mackenzie, ancien président du CNRC.

Sir Frederick Grant Banting

Portrait de Sir Frederick Banting, gracieuseté des archives du CNRC, où sont conservées une série de lettres du savant datant de 1937 à 1941, du matériel se rapportant à ses travaux au CNRC et des coupures de presse.


Les diabétiques du monde entier doivent une fière chandelle au Dr. Banting et à ses collègues, découvreurs de l'insuline, mais les scientifiques du Canada et d'ailleurs lui sont également redevables pour l'orientation qu'il su donner à la recherche médicale au pays. En dehors de ses célèbres débuts, Dr. Banting a maintenu des liens avec le CNRC durant la guerre et, ce faisant, a changé à jamais le visage de la recherche médicale au Canada.

En 1936, le CNRC crée son Comité associé de la recherche médicale dont il confie la présidence au Dr. Banting. À ce titre, le scientifique veille à donner un plus grand rayonnement à la recherche médicale, il obtient d'autres fonds que les 53 000 $ affectés au Comité et noue des liens avec ses homologues d'Europe et des États-Unis s'intéressant également à la recherche médicale. Collaborer avec l'étranger s'avère particulièrement délicat en raison des tensions qui règnent à cette époque et de la crainte que les résultats des recherches filtrent jusqu'aux chercheurs de l'Allemagne nazie.

Par le biais du Comité associé de la recherche médicale du CNRC, Dr. Banting et ses collègues des facultés de médecine canadiennes, réussissent à financer la recherche à la grandeur du territoire. Avant la création de ce comité, seuls les chercheurs des facultés de médecine de l'Université McGill ou de l'Université de Toronto disposaient de fonds et d'un soutien adéquats pour leurs travaux.

Les efforts de ce Comité devaient servir de fondation aux Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Le premier pas dans cette évolution est franchi quand le Comité associé de la recherche médicale devient la Division de la recherche médicale du CNRC en 1946. Avec James Bertram (J.B.) Collip à sa tête (un de ceux qui avaient travaillé à la découverte de l'insuline avec Dr. Banting), 11 ans plus tard, la Division devient elle-même le Conseil de recherches médicales du Canada, organisme plus autonome mais dont l'administration demeure sous la responsabilité du CNRC.

En 1969, le Conseil de recherches médicales se sépare officiellement du CNRC pour devenir une société d'État relevant du Parlement. La dernière étape de cette évolution survient en juin 2000, lorsque le gouvernement canadien change le nom du CRM pour celui des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC).

En plus de piloter le Comité associé de la recherche médicale du CNRC, en juin 1937, Dr. Banting est choisi pour faire partie du conseil d'administration du Conseil. Au cours des cinq dernières années de sa vie, il quittera souvent ses laboratoires de Toronto et de London (Ontario) pour se rendre en train à Ottawa afin de prêter main forte aux administrateurs et aux chercheurs du CNRC. Dr. Banting ouvrait dans les laboratoires du CNRC à une époque où les chercheurs avaient la fâcheuse habitude de se prendre pour des cobayes humains. Ainsi, au nom de la science, le grand homme s'est exposé au gaz moutarde, a effectué des vols d'essai dans des cabines non pressurisées et a multiplié les risques inutiles sur sa propre personne.

Les laboratoires du CNRC, à l'instar de beaucoup d'autres, s'étaient alors mobilisés pour l'effort de guerre et bon nombre de scientifiques tentaient de résoudre divers problèmes de nature militaire visant à faciliter la vie des troupes canadiennes et du personnel médical en général. Ces travaux portaient sur une multitude de sujets, par exemple : l'infection des plaies, la pénicilline, le vaccin contre le typhus, l'état de choc, la fatigue, le stockage du sang et de ses substituts, la nutrition, les traumatismes du système nerveux, l'hygiène industrielle, la chirurgie plastique et thoracique ainsi que la médecine industrielle. Dr. Banting prêta aussi son concours à d'innombrables autres contributions du CNRC à la guerre, y compris la création des combinaisons de vol en caoutchouc synthétique, les premières études sur l'énergie atomique et les recherches sur les moteurs à réaction.

En 1939, le CNRC, le ministère de la Défense et le ministère des Transports mettaient sur pied le Comité canadien de recherche médicale en aviation et Dr. Banting fut prié d'en prendre la direction. Durant sa présidence, ce dernier milita considérablement pour que ce comité interministériel devienne le Comité associé de recherche médicale en aviation du CNRC, comme il devait le faire un an plus tard. Par un funeste coup du sort, c'est l'aviation qui devait mettre un terme à la vie du grand homme.

En effet, le 20 février 1941, Dr. Banting prenait place dans un bombardier Lockheed Hudson en partance pour l'Europe. Sans la tragédie qui devait frapper ce voyage d'affaire en Angleterre, Dr. Banting aurait effectué le premier vol transatlantique de sa vie. Malheureusement, peu après le décollage de Gander, à Terre-Neuve, Dr. Banting et deux autres passagers périrent dans l'écrasement de l'appareil auquel seul le pilote survécut. Selon ce dernier, Dr. Banting reprit conscience et ne paraissait souffrir que d'une fracture du bras et de contusions à la tête. Toutefois, la température sibérienne de l'après-midi suivant et une perforation du poumon gauche eurent raison de sa vie, trois jours avant l'arrivée des secours sur les lieux du drame.

L'influence de Dr. Banting continue de se faire sentir, car le scientifique a concouru à bâtir les capacités de recherche en médecine du pays dont la population canadienne et des gens du monde entier bénéficient encore de nos jours.

Lors de l'hommage qu'il lui a rendu à la réunion du conseil d'administration du CNRC en mai 1941, J.B. Collip avait magnifiquement résumé l'influence du Dr. Banting en déclarant essentiellement ce qui suit : « Nous lui devons l'organisation et la direction exceptionnelles du Comité associé de la recherche médicale. Il portait le plus vif intérêt à chaque phase de la recherche scientifique et apportait à la table du Conseil non seulement une mine d'informations et un esprit aussi fertile qu'inventif, mais un enthousiasme contagieux qui balayait tous les obstacles et stimulait les activités dans tous les domaines. Son intérêt principal depuis la déclaration de la guerre était l'aviation et, en tant que président du Comité associé de recherche médicale en aviation, il avait initié et planifié des travaux d'une importance capitale, ainsi qu'obtenu des résultats tangibles qu'ont d'ores et déjà adoptés la Grande-Bretagne et l'Amérique. Lorsqu'on saisira enfin toutes les retombées de ces études, on se rendra compte que, par son dynamisme inépuisable et sa grande lucidité, Dr. Banting aura placé le Canada à l'avant-scène d'un autre secteur de la recherche en médecine. »

Ouvrages consultés pour la rédaction de cet article :

Michael Bliss, Banting: A Biography (Toronto : University of Toronto Press, 1984)
Wilfrid Eggleston, National Research in Canada: The NRC 1916-1966 (Toronto : Clarke, Irwin and Co., 1978)