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Le coeur... plus qu'un gros muscle

Les amoureux savent que le coeur est un organe mystérieux, mais résoudre le mystère de ce que fait le coeur était une question de vie ou de mort pour les médecins.

Communiqué 2009-30 ]

Coup d'oeil

Qui - Adolfo de Bold est professeur de pathologie et de biologie médicale à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa.

Question - Les chercheurs pensaient que le coeur avait quelque mystérieuse fonction endocrine, mais personne ne s'était penché à fond sur la question.

Solution - De Bold a découvert le facteur natriurétique auriculaire (ANF), une hormone qui régule la vigueur avec laquelle le coeur doit pomper en communiquant avec les reins pour contrôler les concentrations de sel dans l'organisme.

Impact - La découverte de la fonction endocrine du coeur a littéralement obligé à revoir les manuels médicaux. Elle a offert aux médecins une nouvelle façon de réduire la charge pour le coeur et fourni un test sanguin pour diagnostiquer l'insuffisance cardiaque et évaluer l'efficacité de son traitement.

Votre coeur est une inépuisable bête de somme qui pompe des milliers de litres de sang chaque jour de votre vie. Et pendant de nombreuses années, on pensait que c'était sa seule fonction, jusqu'à ce que le Dr Adolfo de Bold, professeur de pathologie et de biologie médicale à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa, découvre qu'il fait bien plus que cela.

En 1969, quand il est arrivé au Canada en provenance de l'Argentine pour faire sa maîtrise et son doctorat, de Bold a insisté pour travailler à un projet de son directeur de recherche qui avait été mis en veilleuse, soit l'étude de la fonction alors inconnue des cellules musculaires du coeur. Il s'intéressait en particulier à une caractéristique à l'intérieur de ces cellules musculaires : des granules de stockage en apparence très semblables à celles qui produisaient l'insuline dans le pancréas.

Sa formation en Argentine avait porté sur un domaine connexe, et il avait un fort désir à l'époque, se rappelle-t-il, de découvrir quelque chose, même s'il ne savait pas à quel point il prenait un risque.

De Bold a peiné dans l'isolement des laboratoires, mais il a commencé à comprendre que ces granules libéraient en effet une hormone, à laquelle il a donné le nom de « facteur natriurétique auriculaire » (ANF), qui contrôle les niveaux d'eau et de sel dans l'organisme. Essentiellement, lorsque les muscles du coeur sont soumis à un effort, ils libèrent l'ANF, qui dit aux reins de filtrer le sel et de réduire la quantité de liquides que le coeur surmené doit pomper.

Lorsqu'il l'a injectée à des rats, la substance a eu un effet marqué, leur faisant excréter une énorme quantité d'urine. Il a ensuite isolé et séquencé l'hormone peptidique qui produisait cet effet et l'a appelée « facteur natriurétique auriculaire » (ANF).

Lorsqu'elle a été publiée, sa recherche a « révolutionné la pensée courante... et déclenché un torrent de publications qui ensemble ont instruit une génération de chercheurs ». La découverte de l'ANF a révélé pour la première fois cette nouvelle fonction du muscle cardiaque. Les médecins pouvaient désormais augmenter ou diminuer la charge pour le coeur, étape cruciale pour réduire l'hypertension artérielle et aider le coeur à compenser après une insuffisance cardiaque.

De même, mesurer les taux d'ANF dans le sang est un moyen diagnostique dont se servent fréquemment les médecins pour évaluer la santé cardiaque. « C'est une mesure très précise de la santé du coeur », dit de Bold. « Comme je le dis souvent, si les niveaux de cette hormone sont normaux, rien ne cloche du côté du coeur. »

En rétrospective, de Bold se rend compte à quel point il a été chanceux de pouvoir étudier lui-même ce qu'il voulait, même si sa recherche en solitaire a posé d'énormes défis lorsque est venu le temps de trouver l'équipement et les fonds nécessaires pour assurer la suite du projet.

« J'en aurais long à raconter au sujet des difficultés que nous avons eues au début et qui auraient pu nous faire tout perdre », a dit de Bold. « Nous avons été chanceux de mettre la main sur des fonds provinciaux pour acheter le séquenceur de protéines - un pur coup de chance. La recherche que j'ai finalement pu faire, je la dois beaucoup à la divine providence et à d'heureux hasards. »

Malgré sa découverte majeure, de Bold étudie encore la mystérieuse protéine et ses nombreux effets. Il a découvert que l'ANF a des effets qui vont bien au-delà de ce qu'il a imaginé au départ, guidant des molécules sur une voie à l'intérieur et à l'extérieur des cellules.

« Cette découverte de nouveaux systèmes et de nouveaux signaux cellulaires est énorme », a dit de Bold. « C'est un début seulement. C'est comme l'insuline, on ne sait pas encore tout d'elle. Il reste donc beaucoup à faire. »