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Y réfléchir à deux fois avant de couper

Un groupe de chirurgiens orthopédistes de l'Ontario a posé la question peu orthodoxe suivante : et si la chirurgie n'améliorait pas l'arthrite du genou?

Communiqué 2009-30 ]

Coup d'oeil

Qui - Bob Litchfield est directeur médical de la Fowler Kennedy Sport Medicine Clinic et chirurgien orthopédiste.

Question - L'arthroscopie du genou consiste à faire passer un petit endoscope par un orifice dans le genou pour adoucir les bords rugueux ou retirer des débris de cartilage libres. Mais est-ce que cela soulage vraiment l'arthrose?

Solution - Après avoir suivi un imposant groupe de patients pendant au plus deux ans, Litchfield et ses collègues ont conclu qu'il n'y avait pas de différence entre les patients qui avaient été opérés et ceux qui avaient seulement suivi un traitement de réadaptation normal et modifié leur mode de vie.

Impact - Même s'il estime qu'il reste des cas où la chirurgie est justifiée, le groupe espère quand même encourager les chirurgiens orthopédistes à songer à des traitements non chirurgicaux avant d'opérer.

Environ la moitié des Canadiens souffrent d'arthrite du genou à cause de l'âge ou de blessures, et l'arthroscopie du genou pour enlever les fragments de cartilage ou adoucir les bords de la surface articulaire est le traitement standard pour l'arthrose. Toutefois, les résultats d'une recherche à l'Université Western Ontario ont complètement remis en question les stratégies de traitement traditionnelles pour cet état.

Sur la base de recherches préliminaires chez des anciens combattants opérés du genou, la Fowler Kennedy Sport Medicine Clinic de l'Université Western Ontario a décidé d'entreprendre une étude à grande échelle. « Beaucoup de ce qu'on fait en médecine et certainement en chirurgie se résume en réalité à des techniques et à des façons de penser transmises au fil des ans, et quand on y pense, on se rend compte que certaines des interventions pratiquées ne reposent pas sur tant de preuves de qualité », dit le Dr Bob Litchfield, directeur médical de la Fowler Kennedy Clinic et chirurgien orthopédiste.

Le groupe a soumis à un essai contrôlé randomisé plus de 200 patients qui ont été traités et ont reçu information et conseils, mais dont seulement la moitié ont été opérés en premier. Le rétablissement des patients a ensuite été suivi pendant deux ans.

Après trois mois, le moment normal d'un contrôle de suivi par un chirurgien, les patients opérés semblaient avoir mieux récupéré. Néanmoins, Litchfield avait tendance à penser que cette réponse initiale à la chirurgie tenait probablement à un effet placebo.

« C'est un peu de l'intuition. Si le cartilage se déplace ou si des fragments flottent, le fait de les enlever peut modifier certains des symptômes mécaniques quand des personnes se plaignent de frottement ou de blocage », dit Litchfield. « Chaque chirurgien orthopédiste était convaincu qu'il aidait les patients, mais un des problèmes est que les chirurgiens, occupés comme ils le sont, ne feraient le suivi d'un patient que pendant trois mois environ. Or, si l'on procède à un essai scientifique et suit ces patients plus longtemps, on s'aperçoit que le même résultat aurait vraiment pu être obtenu avec un programme non chirurgical optimisé. »

Chaque fois qu'ils ont mesuré la santé des patients et leur réponse au traitement jusqu'à deux ans plus tard, ils n'ont pu trouver de différence entre les sujets opérés et les sujets non opérés. Le fait que la chirurgie ne procurait aucun avantage évident a créé tout un émoi, et quand les résultats ont été publiés dans le New England Journal of Medicine en septembre 2008, un vif débat a éclaté.

« Parfois pour les chirurgiens, c'est plus facile d'opérer que de guider le patient à travers un programme non chirurgical. C'est ce qu'on fait et qu'on aime faire, et on y croit, mais parfois certaines des modalités non chirurgicales sont oubliées. Il est donc à espérer que cette étude encouragera les gens à penser à ces options de nouveau », a dit Litchfield.

Pour sa part, Litchfield met en pratique ce que la recherche lui a appris. Dans des cas où il aurait opéré avant, il dit qu'il est maintenant beaucoup plus enclin à parler de l'étude avec le patient et à essayer d'autres traitements d'abord. Et, s'il doit recourir à la chirurgie, ce n'est pas seulement pour retirer des débris, mais aussi pour réaligner le ligament ou remplacer le cartilage.